Des chevaliers aux croisés, l’écharpe, signe distinctif ou personnel traverse les batailles

L’écharpe n’a pas toujours été un signe distinctif militaire utile et nécessaire. Son utilisation et son port correspondaient auparavant à une utilité spécifique ou un choix bien plus personnel. Les recherches à propos de son histoire, les prémisses de son apparition sont particulièrement instructives. Elles nous dévoilent de nombreuses facettes sur les origines de l’écharpe que l’on n’aurait sans doute pas imaginé sans se lancer à leurs découvertes dans les livres d’Histoire. On a toujours attribué l’utilisation de l’écharpe blanche au Moyen Âge à un rôle militaire, un signe distinctif pour se différencier de l’ennemi, un élément de ralliement à une armée ou un port de couleur martiale mais il semble que cela ne fût pas toujours le cas.

Le chevalier avait un usage simple et personnel de cette étoffe

L’armure que portait le chevalier était embarrassante, peu pratique et surtout ne lui permettait pas de porter et d’emporter avec lui des objets ou accessoires utiles. L’écharpe, relayée au rang de simple étoffe, avait au Moyen Âge un rôle purement fonctionnel. Le grand morceau de tissu faisait office de suaire, un accessoire auquel le chevalier pouvait avoir recours pour des raisons, des besoins simples mais fondamentaux ou vitaux au cours de la bataille comme par exemple panser ses plaies ou en essuyer le sang d’une blessure, tout simplement se moucher.

Puis la pratique changea. L’accessoire en tissu souvent de couleur blanche, celle du lin et nuance la plus couramment utilisée en ces temps. Symbolique et alors bien moins fonctionnel, il était le présent de la femme qu’il aimait. Le chevalier emportait avec lui et portait un signe, l’étoffe symbolisant l’amour qui le liait à sa tendre dulcinée. L’église couvrira aussi les jeunes chevaliers débutants d’une écharpe de nuance blanche, couleur qu’elle attribue à l’innocence et la pureté. L’étoffe blanche avait toute sa place dans l’attirail du chevalier.

L’étoffe devient un signe distinctif martial

C’est au temps des croisades, période à laquelle les troupes prenaient une ampleur de plus en plus importante, que l’accessoire prit progressivement le sens que l’on lui attribue bien plus facilement aujourd’hui de manière un peu hâtive. Le besoin de porter un signe distinctif de ralliement, d’appartenance à une nation prenait inévitablement tout son sens et devenait nécessaire.

L’historien Joseph François Michaud mentionnait dans ses ouvrages consacrés aux croisades l’existence et la fonction que l’on allait désormais attribuer à l’écharpe sur le champ de bataille des premières croisades : « sur la cote d’armes de chaque écuyer flottait une écharpe bleue, rouge, verte ou blanche ». L’écharpe se porte alors de manière croisée sur la cote d’armes du guerrier. Les croisés la portent en sautoir autour du cou. C’est de ce type d’utilisation et de positionnement en diagonale que naît l’expression « prendre en écharpe » qui signifie prendre de manière oblique.

Dans certains cas, au-delà de la tonalité blanche, la couleur pouvaient symboliser une alliance entre provinces ou nations. Elle restera néanmoins dans un usage le plus courant de couleur blanche. Certains écrits relatent sous Philipe Lebel l’existence d’ « escherpettes blanches cousues ».

Un élément de l’attirail du pèlerin

Le pèlerin en fit usage également. L’arsenal caractéristique du pèlerin se composait de l’écharpe et du bourdon. Celle-ci n’était en définitive qu’une bande assez mince, une courroie retenant une escarcelle. Les rois recevaient les accessoires de l’évêque ou de l’abbé. Ils prenaient alors « l’escherpe et le bourdon » avant d’entamer leur long itinéraire de pèlerinage. Au 14ème siècle, à la fin de la période des croisades et pèlerinages, l’écharpe est un accessoire à part entière de l’uniforme avec l’avènement de l’armure plate. Elle ne supporte plus une sacoche ou une escarcelle. Elle est désormais un élément distinctif, un signe exclusivement militaire.

l'écharpe du pélerin
Miniatures extraites de « Le pèlerinage de vie humaine », reliure de maroquin vert (XVIIIe s.) France du Nord, début du XVe Siècle., Guillaume de Digulleville.
Source : http://expositions.bnf.fr

 

Au 15ème siècle, peu à peu, l’utilisation de la couleur blanche n’est plus un impératif. La gendarmerie du monarque remplace progressivement la chevalerie traditionnelle. Elle n’est plus un signe martial de ralliement à une nation, une armée mais plutôt une marque de faction. Elle va prendre place en bandoulière sur les vêtements d’étoffe et de cour.

A chaque troupe, chaque infanterie, chaque nation sa couleur d’écharpe

Comme évoqué plus tôt, la couleur la plus couramment utilisée fût tout d’abord le blanc. Au 15ème siècle sous, la venue des armes à feu vient compléter dans l’attirail du guerrier et rend l’écharpe encombrante. Par la suite, Charles IX et Henri III firent le choix de l’écharpe rouge face à leurs opposants les huguenots à l’étoffe blanche. A titre d’exemple, les hollandais portaient le orange, les espagnols le rouge, les anglais le bleu. En France, son utilisation fût peu à peu abandonnée par la suite. Gênante, lors des tournois, elle devenait même nuisible et dommageable. C’est le port du fusil au début du 18ème siècle qui conduira à l’abandon de l’écharpe et sa disparition de l’uniforme. L’écharpe en voie de disparition trouvera alors une nouvelle place auprès de l’emblème national par excellence, le drapeau.

L’écharpe, à l’origine accessoire de l’attirail martial du chevalier se mue en cravate distinctive qui se trouve en bout du fer de lance de l’étendard national, une reconversion à l’allure de retraite bien méritée.

 

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Source : La France Pittoresque